République et bonapartisme, rien de choquant.

A tous ceux qui poussent des cris d’orfraie lorsqu’on leur parle de bonapartisme parce que pour eux celui-ci ne serait pas compatible avec le combat républicain, je dis tout simplement : instruisez-vous ! Documentez-vous !

Une fois la chose faite, ces gens verront que dès 1873 pour le Prince Napoléon, puis après 1879 pour les « Jéromistes » et enfin après 1891 pour l’ensemble des bonapartistes, le combat a toujours été tourné vers la République. Non pas la République parlementaire comme la IIIème ou la IVème mais cette République que réclamait le général de Gaulle en 1946 dans son discours de Bayeux et qu’il mettra en place en 1958 et « couronnera » en 1962. Il faut arrêter de fantasmer sur ces méchants bonapartistes qui, le couteau entre les dents, ne rêvent que de détruire la République alors qu’au contraire ils ne veulent que revenir à cette Vème République originelle débarrassée de tous les gadgets additionnées depuis cinquante ans.

Vive la République aurait pu être le cri de ralliement des bonapartistes du XIXème siècle tant ils voulaient justement une république debout tant face aux menées royalistes que face au parlementarisme qui confisquait tout. Ils ont choisi de s’appeler l’Appel au Peuple car pour eux, si l’idée était la même, le nom même de République était à l’époque ternie et galvaudée par une majorité de ses utilisateurs. Aujourd’hui « république » est entrée dans les mœurs, dans les cœurs mais en 1870 il en était autrement tout comme il en serait autrement entre les républicains de 1875 et ceux de 2018.

Le prince Napoléon ne disait-il pas : « Il faut concentrer ses efforts sur un but pratique ; à moins d’une révolution, dont tout le monde aujourd’hui veut faire l’économie, il n’y a qu’une chose possible, c’est la révision de l’absurde Constitution qui nous régit, et la remise au peuple de la nomination du chef de l’Etat. C’est la théorie napoléonienne par excellence, et il n’est pas un bonapartiste qui puisse la déserter. La forme du gouvernement, qui n’est pas chose indifférente, a cependant moins d’importance que le fond. Assurons-nous du fond, le peuple décidera du reste. ».

Edouard Boinvilliers n’écrivait-il pas dans le Paris-Journal du 20 février 1881« … il existe une doctrine fondamentale, sur laquelle tout le monde, absolument tout le monde, est d’accord. Est-il, en effet, un seul bonapartiste, à quelque nuance d’opinion qu’il appartienne, qui hésite à inscrire sur son drapeau l’élection du chef de l’Etat par le peuple directement consulté ? Or, tout est là, car c’est un principe de telle conséquence que le mécanisme gouvernemental en découle, et sans pousser plus avant la démonstration, n’est-il pas évident que le Parlement tout-puissant ne saurait exister côte à côte avec un chef ainsi élu ? Le peuple ne peut donner deux couronnes à la fois : on a commis cette faute en 1848, et l’on sait ce qu’il en est advenu. Je vous disais qu’il n’existe pas un bonapartiste électeur ou candidat qui répudie cette doctrine fondamentale, doctrine tellement particulière au parti qu’aucun autre, aussi bien parmi les conservateurs que chez les républicains, ne l’accepte, et qu’il est comme la marque de fabrique du génie des Napoléons ; mais je me hâte d’ajouter que c’est aussi le drapeau de notre chef actuel, et pour que personne ne puisse prétexter d’ignorance à ce sujet, M. Lenglé a déposé à la Chambre un projet de révision de la Constitution, dont l’article fondamental est l’élection du chef de l’Etat par le peuple… »

Le général de Gaulle ne dit pas autre chose dans son discours du 18 octobre 1962 «… Bref, je crois que, quoi qu’il arrive, la nation doit avoir, désormais, le moyen de choisir elle-même son Président à qui cette investiture directe pourra donner la force et l’obligation d’être le guide de la France et le garant de l’État. C’est pourquoi, Françaises, Français, m’appuyant sur notre Constitution, usant du droit qu’elle me donne formellement de proposer au peuple souverain, par voie de référendum, tout projet de loi qui porte sur l’organisation des pouvoirs publics, mesurant, mieux que jamais, la responsabilité historique qui m’incombe à l’égard de la patrie, je vous demande, tout simplement, de décider que dorénavant vous élirez votre Président au suffrage universel… »

Alors mesdames, messieurs, vous qui voulez, sans doute de bonne foi, attribuer des brevets de républicanisme, ouvrez les yeux. Il n’y a aucune différence, sur le fond, entre un prince Jérôme Napoléon, un général de Gaulle, un Philippe Séguin, un Jean Pierre Chevènement. Sortez de cette sémantique et de cet étiquetage d’un autre âge. Croyez-vous que le général demandait son C.V à chaque combattant de la France Libre ? S’il avait dû en 1940 ne conserver que les « purs » républicains je ne sais pas ce qui serait advenu pour la France.

David Saforcada

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