La mondialisation est là, c’est un fait. Et si les tentatives unilatérales  de démondialisation seront vraisemblablement vaines, l’intérêt national ne peut lui attendre que les États coopèrent sagement entre eux dans un énième cycle de négociation afin d’en réduire les aspects négatifs. La France, comme le dénonçait Maurice Allais, ne doit, ne peut plus subir l’aveuglement idéologique conjugués des libéraux les plus dogmatiques sur le plan du commerce extérieur et des internationalistes post soixante-huitard. Souvent les mêmes d’ailleurs.

  • En effet, la France n’a pas vocation a être, dans l’Europe, un marché ouvert aux quatre vents lorsque les marchés de ses concurrents lui sont interdits.

  • La France n’a pas à subir la concurrence déloyale de pays protectionniste et pratiquant le dumping social et écologique.

  • La France n’a pas vocation à se laisser piller ses bijoux technologiques, comme la carte à puce, par des puissances étrangères.

  • La doctrine de protection du consommateur chère a l’Union européenne ne doit plus nuire a la protection du travailleur.

C’est pourquoi la France doit savoir se prémunir et se protéger. Non pas par un protectionnisme brutal, une fermeture des frontières ou une politique nationaliste. Non. Mais par des mesures de bon sens et de réciprocité face aux autres nations. Est-il normal, par exemple, que les marchés publics de l’Union européennes soient à 80% ouverts lorsque ceux de pays tiers – Japon, Etats-Unis, Corée du Sud, Chine, Russie, Brésil – lui soient majoritairement (voir totalement) fermés ? La protection de notre économie, lorsque la concurrence est déloyale, passe notamment par une politique publique d’intelligence économique ainsi que par un patriotisme économique des entreprises, des individus et des pouvoirs publics français.

Cet aspect de défense de notre économie est de plus en plus audible dans l’espace publique et est une véritable attente de nos concitoyens. La France doit assumer vouloir défendre ses intérêts économiques et stratégiques, y compris dans sa sphère d’influence principale, en Afrique.  Mais également en Europe, au Moyen-Orient ou en Iran. Il n’est, par exemple, pas normal que nous laissions des marchés d’importance majeure nous échapper, sans mot dire ou presque, comme ce fut le cas de Peugeot et de Renault dans ce pays. L’intégralité des grandes puissances de la planète défendent leurs zones d’influence stratégique. Des russes aux américains, des chinois aux brésiliens, des australiens aux indonésiens et des suisses aux singapouriens.

Car non, la France n’est pas un petit pays. Si la France n’est, en effet, pas les Etats-Unis ou la Chine, elle demeure cependant une puissance de premier plan. Les patriotes que nous sommes, sommes fiers de notre armée, de notre couverture diplomatique sur tous les continents, de notre zone économique exclusive repartie sur chaque océans, de notre puissance nucléaire et spatiale, de notre force scientifique, de notre capacité d’influence culturelle et de nos grands groupes automobiles, pharmaceutiques,  aéronautiques, de l’énergie, des transports ou encore du Luxe qui, s’ils sont parfois grandement détenus par des capitaux étrangers, représentent toujours des millions d’emplois en France. Nous sommes fiers de l’excellence économique de la France, et nous refusons les coupes budgétaires dans ces domaines stratégiques. Car ce ne sont pas des dépenses de fonctionnement, mais bien des dépenses d’investissements, dont les retombées seront, n’en doutons pas, colossales. Cependant, il ne suffit pas de conserver, voir limiter les pertes, de ce que la nation française possède.

En effet, le patriotisme économique ne se limite aucunement à la défense des intérêts acquis de la patrie. Le Général de Gaulle affirmait que "la politique la plus coûteuse, la plus ruineuse, c’est d’être petit" car nulle indépendance possible lorsqu’on ne dispose d’aucun levier de puissance. Le Général disait également "qu'il ne suffit pas d’être habile, il faut être offensif" si l’indépendance et la souveraineté de notre patrie passe par sa grandeur, celle ci nécessite l’accroissement de sa puissance, de son influence et de son rayonnement culturel.

  • Concrètement, car le peuple français est las des paroles creuses, il s’agit d‘imposer à l’international nos normes techniques, technologiques et juridiques, ce qui nécessite un combat de tous les instants auprès des institutions internationales qui les édictent. Car c’est de la maîtrise de ces normes que dépendra notre réussite économique future.

  • Il convient, en outre, d’accroître la compétitivité de nos entreprises par des baisses de charges, de taxes et d’impôts sur les sociétés. Mais également par une simplification du droit du travail. Rappelons qu’en 2005, le seul code du travail comportait 2632 pages, 5 ans plus tard, et malgré une recodification censée le simplifier, ce même code tient en 3231 pages, soit un accroissement de plus de 20%. Et pourtant, la situation des travailleurs ne semble pas aller mieux. L’équilibre budgétaire, mis à mal par ces réformes structurelles, passera par une réduction de l’assistanat tout en protégeant les plus faibles (AME…), la fin des subventions aux associations inutiles et à la presse, ainsi qu’a une réduction de la masse salariale de l’Etat et de ses nombreuses couches d’administration territoriale. Plus compétitive, il y a fort à parier qu’elles resteront en France. Et les emplois avec.

  • L’Etat doit, parallèlement, accompagner les secteurs d’avenir afin de conquérir davantage de marchés internationaux et participer, pourquoi pas, à la coordination d’une attaque en meute de nos PME exportatrices. Quitte à investir directement dans les entreprises proposant des technologies stratégiques, ce que, rappelons le, la CIA, par l’intermédiaire son fond InQTel a fait dans Facebook ou dans Google Earth. Fini les subventions aux sociétés vouées à disparaître. Place aux soutiens aux secteurs d’avenir tels le spatial privé, les biotechnologies, la robotique… De même, nous ne devons plus voir de combats fratricides entre des groupes français, comme EDF et Areva ou Necotrans et Bolloré, sur appels d’offre étrangers, qui causent la victoire de nos concurrents étrangers.

  • Il s’agit également de mettre un terme au vide stratégique de l’Etat et de renouer, par exemple, avec le commissariat au plan pré mitterandien. La stratégie se doit d’être plus qu’une usine à idée qui finit au placard. Encore faut-il pour cela être souverain et pouvoir l’appliquer…

Dans le cadre de la reconquête de notre souveraineté, offrons à l’Europe le rôle qui devrait être le sien: un levier d’Archimède pour les nations qui la composent au premier rang desquelles il y a la France. C’est ensemble que nous devons promouvoir une Europe des nations, des peuples et des projets de puissance. Après Airbus et l’Agence spatiale européenne, deux projets de puissance entre Etats, nés hors des aréopages européens et destinés à concurrencer les américains et les russes, il nous faudra un jour au l’autre penser, par exemple, un EADS naval, un système d’exploitation européens pour nos ordinateurs ou un moteur de recherche européen qui nous permettra de cesser de remplir nous-mêmes les fichiers du renseignement américain. Mais ces projets, depuis l’acte unique européen de 1986 et les règles actuelles de Droit de la concurrence régulant les fusions d’entreprises, les subventions et les coopérations intergouvernementales sont désormais extrêmement difficile à mettre en place. C’est pourquoi il faudra, à défaut, penser ces projets de puissance, français, car fini est le temps de l’idéalisme européen sans plan de secours.  A cet égard, Coréens, américains, singapouriens, suisses, australiens et russes peuvent nous montrer la voie.

De plus, la France, parallèlement à une clarification de sa doctrine en matière de coopération européenne doit impérativement accélérer son processus de maritimisation. Puissance maritime civile et militaire, la France possède, grâce à ses territoires d’outremer, la deuxième Zone économique exclusive au monde après celle des Etats-Unis. Cet atout, allié à notre savoir-faire industriel, offre d’immenses perspectives dans les secteurs du transport, des hydrocarbures, des énergies renouvelables, des ressources minérales stratégiques, des biocarburants, de l’agroalimentaire et de la médecine.

Enfin, notre patrie doit promouvoir le français et la Francophonie : en matière d’influence linguistique et culturelle naturellement, mais également comme outil d’affaires. En effet, le français est une langue d’avenir, un outil d’influence dans le monde et les gouvernements seraient bien inspirés de la promouvoir. Rappelons que selon les prévisions du Word Population Prospects et de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF), la francophonie pourrait compter, à l’horizon 2050-2060, entre 700 millions et un milliard de locuteurs. La domination de l’anglais, comme le fut celle du français, n’est pas irrémédiable. A condition de se battre, pied à pied, pour l’imposer auprès des instances internationales. D’où la nécessité de comprendre que le salut de la France ne saurait se trouver seulement dans un repli stratégique.

Ces chantiers que la France doit mener si elle veut conserver son rang, obligent notre pays à se débarrasser de son État lourd et impotent afin de se constituer un État plus léger mais plus puissant. Un État offensif dans la mondialisation en cours.

La décision de l’Allemagne de renforcer les règles sur les investissements étrangers dans ses entreprises jugées stratégiques doit inciter la France à faire de même.

La France doit être en mesure de préserver ses technologies et ses entreprises stratégiques de l'appétit de puissances étrangères. Pour cela il faut oser rompre avec la politique de l’Union Européenne. En effet, l’Union européenne est la seule zone économique majeure à ne disposer d’aucun mécanisme de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques. Le droit de l’Union européenne (Commission européenne et jurisprudence de la CJUE) lui préfère le principe général de la liberté de circulation des capitaux et encadre strictement la marge de manœuvre des États membres. Pour pallier ce manque, la France a adopté deux décrets en 2008 et 2014, mais il faut aller plus loin.

En matière de contrôle des Investissements Directs Etrangers dans les secteurs stratégiques, les Etats-Unis sont un modèle. Les moyens à la disposition du Committee on Foreign Investment in the United States – CFIUS sont tels, qu’il agit avant tout comme une arme de dissuasion à l’encontre d’investisseurs étrangers peu scrupuleux. Le CFIUS a, de plus, développé une vision extensive de la "sécurité nationale". Ce mécanisme aurait pu être utile lors du cas Alstom.

La France devrait s’inspirer du CFIUS américain mais également des exemples asiatiques (Corée du Sud, Singapour, Taiwan… qui incorpore cette entité de contrôle des IDE à celle en charge de la planification stratégique. C’est pourquoi le contrôle des IDE devrait être confié à un Commissariat à la Stratégie et à l’Investissement. Cette entité aurait également en charge le contrôle des délocalisations dans ces mêmes secteurs stratégiques (nucléaires, aéronautique…). Elle jugerait de la pertinence et de l’opportunité de laisser des industries se délocaliser : les risques générés par les transferts de technologies compensent-ils les avantages liés aux exportations ?

 Autres mesures concernant les entreprises des secteurs stratégiques :

  • le pourcentage du capital autorisable pour une société étrangère sur toutes les entreprises dont la production est vitale pour la France, ne pourra dépasser 10%
  • hausse de la majorité requise sur les fusions ou transferts de siège (plus haut que les actuels 2/3 ou 3/4) pour augmenter la difficulté du rachat.
  • Demander que le statut des entreprises découple le capital et la gestion : Renforcer l'obligation de demander une autorisation à la sphère publique avant tout achat ou tout dépassement de seuil d'origine étrangère.
  • Renforcer l'obligation de transparence des acheteurs étrangers (d'où viennent leurs capitaux ? Etc.). La généralisation des procédures de Due Diligence/compliance aux plus modestes sociétés semble en effet essentielle ici.
  • Étendre les limitations de rachat pour motif de sécurité nationale (Péchiney n'aurait jamais dû être autorisé à la vente puisqu'il fournit un matériau utilisé dans les avions militaires. C'est donc un fournisseur de l'armée). De même, renforcer l'intervention des autorités de la concurrence, pour bloquer un rachat.
  • Étendre le droit de regard sur les brevets qui passent sous contrôle étranger (pour rappel, une telle commission d'examen existe déjà, et l'INPI lui transmet toute demande de brevet. Il suffirait d'élargir son domaine de compétence aux brevets déjà existants et possédés par une entreprise française en voie de rachat par une société étrangère. Idem concernant les fonds d'investissement en brevets).