Espagne/Catalogne, quel avenir ? Entretien avec Nicolas Klein

Nous publions l’entretien que nous a accordé Nicolas Klein. Entretien au cours duquel nous abordons la situation tendue que connaissent l’Espagne et la Catalogne.

Nicolas Klein est agrégé d’espagnol et ancien élève de l’École normale supérieure de Lyon. Il est spécialiste de l’Espagne contemporaine. Il est l’auteur de « Rupture de ban – L’Espagne face à la crise », paru aux éditions Perspectives libres en octobre 2017, mais également traducteur à ses heures perdues.

Nicolas Klein, on a pu voir le 29 octobre de nombreux manifestants battre le pavé à Barcelone (notamment) pour s’opposer à l’indépendance de la Catalogne. Qui sont-ils ? Quel est leur poids ?
Cette manifestation « unioniste » n’est pas la première du genre, puisqu’elle fait suite à celle du 8 octobre dernier, qui avait réuni un million de personnes selon les organisateurs et environ 350 000 selon la Garde urbaine de Barcelone. Quels que soient les chiffres que nous choisissons, ils ont allègrement été dépassés le 29 octobre (les promoteurs de cette marche ont ainsi évoqué le nombre de 1,3 million de participants).

De façon générale, au-delà de la bataille autour de l’ampleur de ce cortège, force est de reconnaître qu’un tel événement rappelle une évidence que les indépendantistes ont soigneusement entrepris d’omettre et que les étrangers (notamment les Français) ignorent : une bonne partie de la population catalane (probablement une majorité) est défavorable au séparatisme promu par la Généralité de Carles Puigdemont. Pendant longtemps, les sécessionnistes ont pu passer sous silence l’existence de tant de citoyens catalans et espagnols car ces derniers étaient justement contraints de se taire.

En effet, le séparatisme a ceci de pervers que, sans forcément avoir recours à la force brute, il est capable, par une pression sociale insidieuse, de « comprimer » toute opposition dans la rue ou dans d’autres milieux (école, collège, lycée, université, monde du travail, associations, commerces, etc.) Les Catalans opposés à l’indépendantisme ont ainsi dû supporter sans broncher des menaces plus ou moins voilées, le plafond de verre qui leur était imposé dans l’administration et de nombreuses entreprises, les graffitis vengeurs sur les murs de leur domicile, la marginalisation de leurs enfants dans les salles de classe, etc. Des années durant, ces citoyens de seconde zone ont patiemment enduré ce traitement en grande partie parce qu’ils se pensaient seuls, minoritaires et abandonnés. Mais ce temps est fini et les deux dernières manifestations unionistes de Barcelone (précédées d’autres marches ou rassemblements à Madrid, Tarragone, Lérida, etc.) sont là pour le prouver.

Tous comme les personnalités venues parler à la tribune ou participer au cortège le 29 octobre, ces Catalans sont d’idéologies politiques très diverses. Ils votent pour le Parti des Socialistes catalans (social-démocratie), le Parti populaire (droite conservatrice), Citoyens (centristes libéraux) ou ne votent pas (ou plus). Ils sont de tous les âges, de toutes les couches socioprofessionnelles, de tous les coins de Catalogne. Ils sont un concentré de la société catalane – ou plus exactement d’une partie de la société catalane méprisée et détestée par l’establishment séparatiste. Ce dernier aime à la caricaturer : il ne s’agirait que de fascistes, de soutiens fanatisés d’un gouvernement espagnol corrompu, de partisans de la dictature, de nostalgiques du franquisme, etc. Ce type d’exagérations se disqualifie par lui-même et il démontre surtout l’aveuglement d’une bourgeoisie séparatiste à la dérive, qui a malheureusement entraîné avec elle une part non négligeable des Catalans.

 

Depuis la destitution de Carles Puigdemont, la communauté autonome est dirigée par l’avocate Soraya Sáenz de Santamaría (numéro deux du gouvernement royal). Âgée de 46 ans, elle est surnommée « la dame de fer » par ses opposants. Pouvez-vous nous en dire plus sur elle et sur ce que devrait être sa feuille de route ?
Née en 1971 à Valladolid (Castille-et-León), Soraya Sáenz de Santamaría est très exactement avocate de l’État. Les avocats de l’État forment, en Espagne, un grand corps dont les membres sont recrutés à l’issue d’un concours exigeant. Leur expertise juridique est reconnue aussi bien outre-Pyrénées que dans d’autres pays et ils ont pour charge de défendre l’État espagnol en justice et de le conseiller en matière de droit. Ils font partie d’une sorte d’« élite » de la fonction publique espagnole et nombreux sont les avocats de l’État qui, tout au long de l’histoire, ont aussi été de brillants penseurs, des personnalités politiques de renom, etc.

Soraya Sáenz de Santamaría est, de fait, la femme politique la plus puissante d’Espagne depuis 2011 et l’élection de Mariano Rajoy à la tête du gouvernement. Elle cumule les rôles de vice-présidente du gouvernement, de ministre de la Présidence (poste qui implique de grandes responsabilités) et de ministre des Administrations territoriales (charge créée en 2016 dans le cadre de la crise catalane). Elle a été, jusqu’à l’année dernière, porte-parole du gouvernement et n’a abandonné cette fonction qu’à regret. Mariano Rajoy, qui lui a confié de très nombreux portefeuilles dans des domaines divers et variés, ne voulait en effet pas donner l’impression à ses rivaux politiques (comme la ministre de la Défense, María Dolores de Cospedal) qu’elle était devenue « toute-puissante » au sein de l’exécutif.

La numéro deux du gouvernement est d’ailleurs un paradoxe vivant : elle est à la fois considérée comme une « dame de fer » par ses opposants et comme une dirigeante trop molle par les Espagnols qui réclament une grande fermeté à l’égard des responsables séparatistes. Il semble en effet qu’elle n’ait pas fait partie du groupe des ministres favorables à l’application de l’article 155 de la Constitution (qui prévoit la suspension temporaire de l’autonomie d’une région). C’est néanmoins cette solution qui s’est finalement imposée à Mariano Rajoy. Elle s’était apparemment prononcée en faveur de solutions moins radicales ou en tout cas moins frontales (notamment des mesures de rétorsion fiscale contre la Généralité).

Sa feuille de route est désormais assez claire : elle doit conduire le retour à la légalité en Catalogne jusqu’aux élections régionales anticipées, que Madrid a fixées au 21 décembre prochain. Cette mission tient en peu de mots mais elle est d’une grande complexité et requiert de nombreuses actions. La destitution du président régional, Carles Puigdemont, et de son cabinet n’est qu’un des aspects de ce travail. Elle doit aussi s’assurer que tous les fonctionnaires de la Généralité se montrent loyaux à la Constitution et respectueux de l’intérêt national espagnol ; que la loi est respectée, notamment par les plus radicaux des séparatistes (les membres de la Candidature d’Unité populaire, les dirigeants d’associations sécessionnistes comme l’Assemblée nationale catalane ou Òmnium cultural, etc.) ; que la normalité institutionnelle et le calme règnent partout en Catalogne (ce qui inclut des domaines comme l’instruction publique, largement contrôlée par les séparatistes), etc. Assistée de plusieurs ministres espagnols (comme le titulaire du portefeuille de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido), elle doit aussi gérer certains organismes et institutions régionaux, comme la police autonome (les Mossos d’Esquadra), les services de renseignement catalans (Centre des Télécommunications et des Technologies de l’Information et Centre pour la Sécurité de l’Information de Catalogne), etc.

En revanche, suite à l’adoption d’un amendement socialiste dans le cadre du débat sur l’application de l’article 155, elle ne contrôlera pas les médias publics catalans – notamment TV3, chaîne de télévision qui a largement contribué à nourrir une haine envers l’Espagne chez beaucoup trop de Catalans. C’est à mon sens une grave erreur que d’avoir renoncé à cette tâche très importante.

 

Comment voyez-vous évoluer la situation ? Quel serait, selon vous, le scénario le plus raisonnable pour sortir de la crise ?
Je pense malheureusement que la propagande séparatiste d’une part et la veulerie ou l’extrême faiblesse des gouvernements espagnols successifs d’autre part ont créé une situation difficilement soluble. Il faudra beaucoup de temps et de détermination de la part de l’État espagnol pour ramener à lui une partie des citoyens catalans passés au séparatisme. J’ai peur que l’organisation d’élections régionales anticipées à une date aussi précoce ne soit très dommageable. Le gouvernement central n’aura pas le temps de s’attaquer à l’endoctrinement indépendantiste pratiqué à l’école ou depuis les médias régionaux – qu’ils soient directement gérés par la Catalogne (TV3, RAC) ou subventionnés par Barcelone (Ara, El Punt Avui, El Nacional, La Vanguardia, etc.)

À mon humble avis, la crise catalane va s’éterniser et pourrir, sans que les indépendantistes ne soient capables de parvenir à leurs fins mais sans que l’Espagne ne réussisse à s’imposer complètement. Tout peut évidemment changer si un personnage plus malin et surtout plus décidé s’impose à la tête du gouvernement espagnol. Après tout, les derniers sondages électoraux en date montrent un écroulement des formations qui, comme Podemos, appellent au dialogue avec les dirigeants indépendantistes et au contraire l’essor de celles qui, comme Citoyens, pensent que seule la fermeté peut prévaloir.

Si Mariano Rajoy doit démissionner de son poste de président du gouvernement, c’est à mon sens car il a failli à faire respecter la loi et la Constitution en Catalogne (notamment lors du référendum sécessionniste du 1er octobre) et car il fait preuve de pusillanimité et d’immobilisme dans toutes ses décisions. La date des élections régionales anticipées (qui avait d’abord été fixée au 28 janvier 2018) montre bien qu’il veut se « débarrasser » de cette affaire qui l’ennuie au plus vite et qu’il cherche à ne pas passer pour un tyran auprès de l’opinion internationale. En rendant aussi rapidement leur autonomie aux institutions catalanes, il démontre qu’il n’est pas l’homme de la situation.

Je suis persuadé que Mariano Rajoy devrait aller plus loin dans l’intervention en Catalogne (par la prise de contrôle des médias, comme je le disais plus haut, mais aussi par une vaste enquête dans le domaine de l’instruction publique, par l’allègement de l’appareil public régional, etc.), ce dont lui sauraient gré de très nombreux Espagnols, qu’ils habitent ou pas en Catalogne. Il pourrait ensuite avoir suffisamment de garanties pour dissoudre les Cortes (Parlement national espagnol) et asseoir son autorité avec une majorité plus nette ou plus simple à obtenir. Cette majorité lui permettrait alors de recentraliser certaines compétences (comme l’instruction publique ou le système de santé) qui n’auraient jamais dû être dévolues aux communautés autonomes. Il ne s’agit évidemment que d’une esquisse de ce que pourrait (devrait ?) faire le président du gouvernement.

 

Le Val d’Aran a décidé de ne pas suivre dans la « sécession ». Comment peut s’organiser l’avenir de ce territoire ouvert sur la France ?
Intégré à la province de Lérida, en Catalogne, le Val d’Aran est un territoire singulier d’un peu moins de dix mille habitants, qui comprend neuf communes et s’étend sur un peu plus de 633 kilomètres carrés. Situé à l’extrémité septentrionale de la communauté autonome, il possède sa propre langue, l’aranais (variante de l’occitan qui y est co-officielle avec l’espagnol et le catalan), et des institutions propres, symbolisées par le Conseil général d’Aran. Cette région pyrénéenne est effectivement ouverte sur la France (c’est dans le Val d’Aran que naît la Garonne, par exemple) tout en étant très attachée à sa singularité au sein d’une Espagne unie mais diverse. Par ailleurs, l’autonomie actuelle du Val d’Aran, accordée par Barcelone, est assez tardive (elle n’a été développée que par une loi de 1990 puis améliorée en 2015) et, pendant longtemps, les élites autonomistes catalanes n’ont pas beaucoup œuvré pour le développement de l’autogouvernement aranais. Le statut d’autonomie catalan de 1932 (dit « statut de Nuria »), qui recueillait un grand nombre de revendications régionalistes, ne s’intéressait pas du tout à la situation du Val d’Aran, par exemple.

Ces dernières années, les principaux dirigeants aranais – dont le maire de la capitale de la vallée, Juan Antonio Serrano – et les trois principaux partis locaux (Unité d’Aran, Convergence démocratique aranaise et Parti rénovateur d’Arties et Garòs) ont prévenu les autorités catalanes qu’elles ne soutiendraient pas une déclaration d’indépendance de leur part. Plus encore : le 27 octobre dernier, lorsque cette déclaration unilatérale a été proclamée, le Conseil général d’Aran a officiellement affirmé qu’il déplorait la dérive séparatiste de la Généralité et qu’il réunirait les dirigeants de la vallée afin de prendre une décision à ce sujet. Si la situation empire, il est très probable que le Val d’Aran décide (au moins à titre symbolique) d’être rattaché à l’Espagne « rémanente ».

Les liens entre Viella Mitg Arán (capitale de la vallée) et Madrid sont réels en dépit de l’isolement géographique de la région et de ses particularités culturelles et historiques. La famille royale espagnole, par exemple, a longtemps passé ses vacances d’hiver à Baqueira Beret, principale station de sports d’hiver de la vallée, et a ainsi donné une notoriété nationale à la zone. De manière générale, le Val d’Aran semble se sentir à l’aise dans cette Espagne très décentralisée qui respecte ses particularités et lui assure un développement autonome.

 

Le Parti nationaliste basque a réussi à faire du Pays basque la communauté avec la plus forte autonomie du pays, au point de ne plus parler d’indépendance. Pourquoi les Catalans n’ont pas privilégié cette option ? Que cache cette obstination pour l’indépendance ou rien ?
Il faut faire attention : c’est bel et bien la Catalogne qui est la communauté autonome disposant du plus grand nombre de compétences propres (près de deux cents), pas le Pays basque (même si ce dernier bénéficie d’un concert fiscal très généreux). C’est ce qui rend d’autant plus incompréhensibles les reproches acerbes formulés par la Généralité à l’encontre du gouvernement central, lequel n’a jamais brimé en rien l’autonomie régionale.
En réalité, la stratégie des nationalistes basques (qui dirigent la région presque sans discontinuer depuis les années 70 et sont aujourd’hui alliés aux socialistes) est très différente de celle des nationalistes catalans. Elle n’est bien entendu pas dénuée d’arrière-pensées. Le lehendakari (président régional basque), Íñigo Urkullu, profite par exemple de la situation minoritaire du Parti populaire aux Cortes pour arracher à Mariano Rajoy des concessions très importantes, notamment en matière financière. Il a par ailleurs vertement critiqué l’application de l’article 155 de la Constitution, notamment car le PNV (Parti nationaliste basque) ne veut pas voir ses électeurs les plus infidèles filer vers EH Bildu (principale formation de gauche séparatiste, dans l’opposition).

Pour autant, les responsables basques ne sont pas aveugles. Ils constatent bien que les séparatistes catalans ne parviennent pas à leur fin mais aussi qu’ils ont réussi à souder les non indépendantistes contre eux et surtout à dégrader l’économie et l’image internationale de la région. Le déclin économique relatif de la Catalogne ne date pas d’hier (il est le résultat d’une gestion pour le moins contestable, aussi bien par la gauche que par la droite) mais la tension de ces dernières années – qui culmine avec la récente fuite des entreprises et la baisse des chiffres du tourisme – consacre la prééminence économique madrilène. Plutôt ironique lorsque l’on sait que la sécession était, aux dires de la Généralité de Carles Puigdemont, censée apporter une prospérité sans fin…
Le gouvernement autonome basque préfère donc garder profil bas d’un point de vue politique et continuer à négocier une extension de ses prérogatives auprès de Madrid.

C’est longtemps la stratégie qu’a pratiquée Barcelone. C’est par exemple ce qui a poussé Jordi Pujol à refuser en 1980 la mise en place du concert fiscal basque dans une version catalane – il pensait en effet pouvoir faire pression indéfiniment sur le gouvernement central pour lui soutirer toujours plus d’avantages*. Depuis plusieurs années, toutefois, les milieux nationalistes catalans ont perdu tout contact avec la réalité et sont entrés dans une spirale d’hystérie et d’agressivité sans précédent. Ce n’est pas précisément un modèle que la droite nationaliste basque désire imiter, d’autant que cette fuite vers l’indépendance masque mal une volonté d’échapper à la justice espagnole. La formation de Carles Puigdemont (Parti démocrate européen de Catalogne) et ses alliés de l’ERC (Gauche républicaine de Catalogne) sont en effet embourbés dans des scandales financiers de grande ampleur. Les tribunaux espagnols mettent un peu trop le nez dans ces affaires, si l’on en croit les séparatistes…

 

Entre politiques d’austérités d’un côté et politiques de détricotage de l’autre (ex Yougoslavie puis Kosovo, etc.), l’Europe (comprendre l’Union européenne) n’a-t-elle pas une part de responsabilité dans cette situation ?
L’attitude apparemment intransigeante des autorités de l’Union européenne (Commission européenne, Conseil de l’Union européenne et Parlement européen) à l’égard du séparatisme catalan a fait dire à certains commentateurs que Bruxelles n’était finalement pas favorable à l’Europe des régions et à l’éclatement des États-nations qui la composent. Je pense que cette lecture des événements est un peu superficielle.

En premier lieu, il est évident qu’au vu des développements de ces dernières années (coup de frein au « projet européen », Brexit, montée des droites populistes dans de nombreux pays du continent, etc.), ouvrir un nouveau front de tension en Catalogne n’est pas nécessairement une bonne option pour les institutions communautaires. Par ailleurs, le projet d’Europe des régions est une réalité qui s’exprime par bien d’autres biais, souvent plus indirects ou discrets (Comité des Régions, FEDER, etc.)

Ajoutons à cela que le principe même de l’Union européenne (qui consiste à effacer de facto les frontières interétatiques et à vider les gouvernements nationaux de toute substance par l’absorption de leurs compétences essentielles) contribue à affaiblir les États-nations qui la constituent. Il n’est donc pas étonnant que des projets nationaux alternatifs (Catalogne mais aussi Nord de l’Italie, Corse, Flandres, Écosse, etc.) surgissent dans ce cadre, même si lesdits projets sont le plus souvent farouchement européistes. Dans ce panorama européen, la France est directement concernée par l’affaire catalane général car la Généralité de Catalogne a des vues sur les Pyrénées-Orientales et dépense depuis des années des millions d’euros pour y faire progresser un récit séparatiste cohérent et séduisant.

Vous évoquez à juste titre la désintégration de la Yougoslavie puis de la Serbie, qui a été ardemment soutenue par l’Union européenne et l’OTAN. Le précédent de l’indépendance du Kosovo (auquel se réfèrent régulièrement les séparatistes catalans) est en effet éloquent sur le rôle joué par Bruxelles dans une désagrégation des nations européennes. Notons cependant que l’Espagne fait justement partie des rares pays de l’UE à n’avoir jamais reconnu l’indépendance kosovare…

 

Dernier rebondissement : que penser de la fuite de Puigdemont à Bruxelles et de son accueil par les nationalistes flamands ? L’Europe aux cent drapeaux des années 40 de retour ?
Il existe une évidente « convergence des luttes » entre nationalistes catalans et flamands, qui défendent une idéologie fondée sur les mêmes prémisses économiques et « ethniques ».

Cependant, je crois surtout que cette « fuite » vers la Belgique de Carles Puigdemont et de cinq des membres de son ancien gouvernement régional est assez pathétique. La Généralité de Catalogne n’a cessé d’appeler les Catalans indépendantistes à s’élever dans la rue contre les forces de police espagnoles et tous les représentants de l’État central. L’ancien président cherchait, tous comme d’autres responsables sécessionnistes, un martyr à présenter à l’opinion publique internationale – d’où toutes les fausses photographies qui ont circulé à propos des blessés du référendum du 1er octobre. Il n’a donc pas hésité à mettre ses administrés en danger mais refuse de son côté de prendre les mêmes risques qu’eux.

Avec ses soutiens, il cherche par ailleurs à diffuser une image de l’Espagne comme dictature néo-franquiste qui emprisonne ses opposants politiques sur la seule base de leurs idées. C’est évidemment un mensonge éhonté et ridicule qu’aucun gouvernement étranger un tant soit peu informé sur la question ou honnête ne peut croire. En revanche, Carles Puigdemont sait que les indépendantistes les plus fanatisés relayeront ce récit étant donné que, comme je le disais plus haut, ils ont perdu tout contact avec la réalité des choses. Pour eux, Madrid est l’antre d’un monarque absolu et capricieux mais aussi d’un pouvoir sourcilleux et agressif.

Il s’agit pour Puigdemont d’entretenir ce fantasme et éventuellement d’en tirer parti d’un point de vue politique tout en échappant à la justice espagnole, qui s’intéresse de près à de possibles délits financiers commis alors qu’il était maire de Gérone, ville du Nord de la Catalogne…

 

* Pour ceux qui sont intéressés par la problématique du concert fiscal en Catalogne, je recommande cet article de mon blog : https://actualiteespagnole.wordpress.com/2017/10/12/ce-que-les-autorites-catalanes-ne-disent-pas-elles-ont-refuse-en-1980-le-concert-fiscal-quelles-ont-exige-plus-de-trente-ans-plus-tard/. 

 

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